samedi 31 janvier 2026

Bram Cohen

 IL A CASSÉ INTERNET AVEC UN PUZZLE MATHÉMATIQUE.

San Francisco, 2001.
Un jeune homme de 25 ans marche dans la rue.
Il regarde le sol. Il évite les regards.
Il a du mal à comprendre les émotions des autres.
Il a du mal à garder un job classique.
Son cerveau fonctionne différemment.
Diagnostiqué avec le syndrome d'Asperger.
Pour le monde, il est socialement inadapté.
Pour l'histoire, il est sur le point de devenir l'architecte du plus grand cauchemar d'Hollywood.
Son nom : Bram Cohen.
Et il vient de résoudre un problème que tout le monde pensait impossible :
Comment partager un fichier avec la planète entière sans que personne ne puisse jamais vous arrêter ?
LE PROBLÈME DU "GOULET D'ÉTRANGLEMENT"
Fin des années 90.
Napster vient de mourir.
Tué par les tribunaux.
Pourquoi ?
Parce que Napster avait des serveurs centraux.
Il suffisait à la police de débrancher la prise… et la musique s’arrêtait.
De plus, Internet avait un défaut physique :
Plus un fichier est populaire, plus il est lent à télécharger.
Si 10 000 personnes veulent la même vidéo au même moment, le serveur explose.
Bram Cohen, obsédé par les puzzles logiques, regarde ce problème…
et il a une intuition géniale.
Une idée qui va inverser les lois de la physique numérique.
L'INVENTION DU PROTOCOLE INVISIBLE
Bram s’enferme. Il code en Python.
Son idée est contre-intuitive :
"Et si, au lieu de ralentir le téléchargement quand il y a du monde…
la foule rendait le téléchargement PLUS rapide ?"
Il invente BitTorrent.
Le principe est simple mais dévastateur :
Tu ne télécharges pas le fichier depuis un serveur.
Le fichier est découpé en milliers de minuscules pièces de puzzle.
Tu télécharges ces pièces chez d'autres utilisateurs.
Et en même temps, tu envoies les pièces que tu possèdes déjà à d'autres.
C’est du donnant-donnant.
Plus tu prends, plus tu donnes.
Résultat :
Plus un fichier est populaire, plus il se télécharge vite.
Et surtout : il n’y a plus de serveur central.
Chaque ordinateur devient le serveur.
Pour arrêter le réseau, il faudrait éteindre Internet lui-même.
LE LANCEMENT SILENCIEUX
Juillet 2001.
Bram présente son code lors d’une petite conférence de hackers, CodeCon.
Il ne cherche pas la gloire.
Pas à pirater des films.
Il veut juste prouver que ses maths fonctionnent.
Il distribue des photos libres de droits pour tester.
Ça marche. C’est rapide. C’est inarrêtable.
Il publie le code, gratuitement, en open source.
Et le monde devient fou.
L'EXPLOSION QUI A EFFRAYÉ LES GÉANTS
En quelques mois :
Linux l’utilise pour distribuer ses logiciels.
Les joueurs l’utilisent pour World of Warcraft.
Et le monde entier pour... tout le reste.
Films, séries, albums.
En 2004, un chiffre terrifiant tombe :
BitTorrent représente 35 % de tout le trafic Internet mondial.
Un tiers d’Internet occupé par l’invention de Bram.
Hollywood panique.
Les gouvernements légifèrent.
Les fournisseurs d’accès brident les connexions.
Mais ils ne peuvent rien contre Bram.
Pourquoi ?
Parce qu’il n’héberge rien.
Il n’a rien volé.
Il a juste construit une route.
Si des gens transportent de la contrebande dessus,
est-ce la faute de l’ingénieur qui a coulé le bitume ?
LE PARADOXE DU GÉNIE
Bram Cohen ne devient pas riche (au début).
Il vit de donations.
Il porte toujours ses t-shirts usés.
Il regarde sa créature grandir, lui échapper.
Sans lui :
The Pirate Bay n’aurait jamais existé.
Netflix n’aurait peut-être jamais vu le jour.
Bram prouve une chose :
La censure est un problème technique.
Et il a trouvé la solution technique pour la contourner.
UNE LEÇON D’HUMILITÉ
Bram n’a jamais voulu être un rebelle.
Il disait souvent :
"Je ne fais que résoudre des problèmes d’efficacité."
C’est ça, la magie de cette histoire.
Pas un révolutionnaire politique.
Juste un mathématicien autiste…
qui voulait que les fichiers aillent plus vite.
Aujourd’hui, il travaille sur Chia, une crypto verte.
Mais son héritage est partout.
Chaque fois que tu télécharges une mise à jour.
Chaque fois que Facebook déploie du code.
Le Peer-to-Peer veille.
LA VÉRITÉ SUR LE POUVOIR
L’histoire de Bram Cohen nous rappelle que
les révolutions modernes ne se font pas avec des armes mais avec du code.
Il a donné au monde un outil si puissant que, 20 ans plus tard,
aucune dictature, aucune entreprise, aucun gouvernement
n’a réussi à le bloquer totalement.
Il a transformé chaque utilisateur en un maillon d’une chaîne incassable.
La liberté, ce n’est pas de demander la permission.
C’est de construire un système où la permission n’est plus nécessaire.

vendredi 30 janvier 2026

Étude stratégique

 "Alors que Trump menace l'Iran d'une action militaire, les stratèges du Pentagone sont confrontés à une dure réalité : l'armée américaine ne peut pas être partout à la fois. George Will analyse la crise de surdéploiement militaire la plus dangereuse depuis le Vietnam.

L'US Navy dispose de 11 porte-avions, mais seulement 2 ou 3 sont déployés simultanément. Un tiers est en maintenance. Les autres participent à des rotations d'entraînement. Une guerre d'envergure contre l'Iran nécessiterait plusieurs groupes aéronavals, comme lors de l'invasion de l'Irak en 2003, qui en avait mobilisé cinq. Or, les États-Unis font face à des menaces simultanées : la Chine dans le Pacifique, la Russie en Europe et des engagements au Moyen-Orient.
L'USS Abraham Lincoln a été déplacé de la mer de Chine méridionale vers l'océan Indien, en route vers le golfe Persique. Des F-15E Strike Eagle ont été déployés dans la région. Des systèmes de missiles HIMARS sont en position. Mais le déplacement du porte-avions Lincoln crée précisément le vide que la Chine attendait. Pékin observe attentivement le temps que mettent les États-Unis à repositionner leurs porte-avions, étudie leur logistique et prend des notes en prévision d'une éventuelle intervention à Taïwan.
Manifestations en Iran, janvier 2026 : 5 002 morts selon l'agence de presse Human Rights Activists News Agency. 4 716 manifestants. 26 800 arrestations. Trump a fixé des lignes rouges : pas de meurtre de manifestants pacifiques, pas d'exécutions de masse. Les autorités iraniennes qualifient les détenus de « mohareb » (ennemis de Dieu), un chef d'accusation passible de la peine de mort. Ce chef d'accusation a été utilisé en 1988 pour exécuter 5 000 personnes.
Guerre de 12 jours, juin 2025 : Les États-Unis et Israël attaquent l'infrastructure nucléaire iranienne. L'Iran riposte en attaquant une base militaire américaine au Qatar. Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, déclare en janvier 2026 : « Nous reconstruirons tout ce qui a été endommagé.» Si cela s'avère exact, la campagne aérienne de juin n'a retardé que temporairement le programme nucléaire.
Les capacités militaires iraniennes sont loin d'être négligeables. Des missiles balistiques de moyenne portée peuvent atteindre les bases américaines au Qatar, à Bahreïn, au Koweït et aux Émirats arabes unis. Des systèmes de défense aérienne russes S-300 sont également présents. Araghchi a averti le Wall Street Journal : « Nous riposterons avec tous les moyens dont nous disposons.» L’Iran a démontré en 2019 sa capacité à frapper avec précision les installations pétrolières saoudiennes à l’aide de drones et de missiles de croisière.
L’Iran peut fermer le détroit d’Ormuz (par lequel transite 20 % du pétrole mondial). Le pays possède des mines marines, des missiles antinavires et des essaims d’avions d’attaque. La marine américaine devrait déployer une opération soutenue avec plusieurs porte-avions rien que pour dégager le détroit.
Selon Al Jazeera, les alliés arabes du Golfe (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Qatar et Koweït) ont fait pression sur Trump pour qu’il n’attaque pas l’Iran, craignant que cela ne « plonge la région dans le chaos ». Ces pays abritent des bases militaires américaines. La base aérienne d’Al Udeid, au Qatar, est le centre des opérations du CENTCOM. La Cinquième flotte américaine est basée à Bahreïn. Si les alliés ne soutiennent pas une action, la planification opérationnelle s’en trouve considérablement compliquée.
Les munitions de précision s'épuisent rapidement. La campagne de 2014-2017 contre Daech a consommé des milliers de missiles de croisière face à un adversaire faible et dépourvu de défense aérienne. L'Iran possède des S-300, des systèmes sophistiqués. Une campagne prolongée épuiserait les stocks en quelques semaines. Les chaînes de production ne peuvent être augmentées instantanément.
Leçon historique tirée de l'Irak : l'invasion de 2003 a duré des semaines, l'occupation des années et a coûté des milliards de dollars. L'Iran est trois fois plus grand que l'Irak, tant en population (85 millions d'habitants) qu'en superficie. Son territoire est plus montagneux et le nationalisme y est plus fort. Le sénateur Dick Durbin, qui a voté contre l'invasion de l'Irak en 2003, avertit : « Nous devons être très prudents avec toute opération militaire, car elle serait contre-productive et renforcerait le régime.»
La Chine étudie la crise iranienne. Lorsque les États-Unis déplacent des porte-avions du Pacifique vers le Moyen-Orient, Pékin observe le temps nécessaire à leur repositionnement et le nombre de porte-avions américains qu'elle peut soutenir simultanément. Des informations précieuses pour la planification taïwanaise."

lundi 26 janvier 2026

Étymologie

 Saviez-vous que les "h" de "huitre", "huit" et "huile" n'étaient pas étymologiques? Ces trois mots s'écrivaient en effet "ostrea", "octo" et "oleum" en latin, sans h donc, comme c'est le cas de leurs dérivés comme "ostréiculture", "octuple" ou "oléoduc". En ancien français, on les trouve écrits respectivement sous les formes "oistre", "uit" et "oile", avant une mutation du "o" en "u" conduisant à "uitre", "uit" et "uile".

 

Problème, l'alphabet latin médiéval ne différencie pas encore "u" et "v", de sorte que ces mots peuvent être confondus avec "vitre", "vit" et "vile". Le "h" étant muet et jamais présent devant le son "v", on décide alors d'adjoindre un "h" à ces mots afin d'indiquer clairement que le "u" qui suit est une voyelle. Malgré la séparation stricte de "u" et "v" après la Renaissance, ce "h" a été maintenu jusqu'à nos jours, vestige d'une contrainte alphabétique désuète. 

Le cas n'est pas propre au français, et l'espagnol a également employé un procédé similaire sur des mots comme "huevo" ("oeuf", de "ovum") ou "hueso" ("os", de "ossum"). L'italien l'a également fait par le passé, mais a éliminé ces "h" lorsqu'ils sont devenus inutiles, cf "huovo", orthographe ancienne de "uovo" (même sens et étymologie que l'espagnol "huevo"). À titre personnel, je pense qu'on devrait faire pareil en français, dans une logique de simplification orthographique.

  

dimanche 25 janvier 2026

Le biais du survivant

 Le biais du survivant (ou survivorship bias) est une erreur de raisonnement qui consiste à ne considérer que les éléments qui ont survécu à un processus, en oubliant ceux qui ont disparu, ce qui conduit à de mauvaises conclusions.

L’exemple classique des avions revenant du combat pendant la Seconde Guerre mondiale l’illustre parfaitement.


L’étude des avions criblés de balles ✈️

Pendant la guerre, l’armée américaine a analysé les avions qui revenaient de mission et a observé où se trouvaient les trous de balles :

  • ailes

  • fuselage

  • empennage

L’idée initiale était simple :

« Renforçons les zones où il y a le plus d’impacts. »

Sur un schéma, on voyait clairement que certaines parties de l’avion étaient très souvent touchées.


L’erreur intuitive (le biais du survivant)

Cette conclusion semblait logique… mais elle était fausse.

Pourquoi ?
Parce que ces avions ont survécu malgré ces impacts.

Autrement dit :

  • Les zones avec beaucoup de trous sont des zones où l’avion peut être touché sans être abattu

  • Les zones avec peu ou pas de trous sont en réalité les zones critiques

👉 Les avions touchés au moteur, au cockpit ou aux réservoirs ne rentraient pas à la base… donc ils n’étaient pas inclus dans l’étude.


La bonne conclusion (grâce à Abraham Wald)

Le mathématicien Abraham Wald a renversé le raisonnement :

« Il faut renforcer les zones sans trous, car ce sont celles dont les impacts empêchent l’avion de survivre. »

Donc :

  • Peu de trous ≠ peu de danger

  • Peu de trous = impact mortel




Schéma mental simplifié

  • Avions étudiés = survivants

  • Données manquantes = avions abattus

  • Biais = ignorer les données absentes

  • Correction = raisonner sur ce qui manque


Pourquoi c’est un biais si fréquent ?

Parce que :

  • On voit les succès, pas les échecs

  • Les données visibles sont souvent les survivants

  • Les échecs disparaissent de l’échantillon


Exemples modernes du biais du survivant

  • Entrepreneuriat : « Les milliardaires ont quitté l’université → quitter l’université mène au succès »

  • Fitness : « Ce programme marche, regarde ceux qui ont réussi » (on ne voit pas ceux qui ont abandonné)

  • Investissement : analyser seulement les fonds encore actifs, pas ceux qui ont fait faillite

  • Technologie : copier les pratiques des startups célèbres sans voir les milliers qui ont échoué


En résumé

Le biais du survivant consiste à tirer des conclusions uniquement à partir des survivants, en oubliant les absents.

L’exemple des avions montre que l’absence de données est parfois l’information la plus importante.

Si tu veux, je peux aussi te faire un schéma visuel, une analogie simple, ou un exemple lié à la vie quotidienne.

vendredi 23 janvier 2026

Deux discours de Davos

 Voici la différence entre les deux discours de Davos, et elle en dit bien plus que ce que l'on veut bien admettre.

Carney est entré dans une salle remplie d'élites mondiales et a fait exactement ce que ce public attendait.
Il a parlé avec des phrases ciselées.
Il a fait des références historiques.
Il a utilisé un langage vague, du genre «on sait tous de qui je parle».
Il a critiqué les États-Unis sans jamais prononcer les mots «États-Unis» ou «Trump».
Pourquoi ?
Parce que ce public déteste l'honnêteté brutale, à moins qu'elle ne soit enrobée d'un langage académique et d'une posture de supériorité morale.
Carney ne s'adressait pas aux électeurs.
Il s'adressait au cercle des initiés.
On pouvait presque entendre les hochements de tête.
Les murmures d'approbation.
L'énergie du «enfin quelqu'un l'a dit».
Mais remarquez ce qu'il n'a pas fait.
Il n'a pas nommé Trump.
Il n'a pas nommé les États-Unis.
Il n'a pas assumé directement les critiques.
C'était sans risque.
C'était codé.
C'était fait pour plaire.
C'est comme ça qu'on marque des points à Davos.
Comparons cela à Trump.
Trump monte sur scène et fait exactement le contraire de ce que l'assistance attend.
Il nomme les personnes concernées.
Il interpelle directement Carney.
Il dit, haut et fort, à qui il répond et pourquoi.
Pas de notes de bas de page.
Pas de métaphores.
Pas de subterfuges derrière des expressions comme «ordre mondial».
On peut détester sa manière de s'exprimer.
On peut détester son message.
Mais il n'y a aucune ambiguïté quant à la personne à qui il s'adresse ni au sujet de sa réponse.
L'un a lancé des piques indirectes devant un public déjà acquis à sa cause.
L'autre a riposté, publiquement, en nommant son interlocuteur, sachant pertinemment que l'assistance désapprouverait.
C'est là la véritable différence.
Carney a cherché à plaire à la foule.
Trump a fait le contraire.
Carney voulait l'approbation de personnes qui partagent déjà ses idées.
Trump se moquait que l'assistance le hue, se moque de lui ou lève les yeux au ciel.
Et voici ce que personne n'ose dire tout haut.
Si vous critiquez quelqu'un, surtout sur la scène internationale, soit vous le nommez, soit vous assumez de faire de la politique.
Carney a tenté de jouer sur les deux tableaux.
Une position morale irréprochable sans responsabilité directe.
Des critiques sans confrontation.
Trump, pour le meilleur ou pour le pire, n'a pas agi de la même manière.
Il n'est pas nécessaire d'apprécier Trump pour constater la différence.
Il n'est pas nécessaire d'être d'accord avec Carney pour reconnaître son attitude.
Un discours visait à susciter l'admiration.
L'autre visait à se faire entendre.
Et Davos révèle toujours qui est qui.

Guillaume Matho

 L'autosabotage de l'empire américain

- Ou comment Donald Trump détruit méthodiquement l'hégémonie qu'il prétend défendre -
Il y a une ironie cruelle dans la politique étrangère de Donald Trump. Obsédé par l'idée de "rendre sa grandeur à l'Amérique", il est en train d'accomplir exactement l'inverse : démanteler pierre par pierre l'architecture de puissance que les États-Unis ont patiemment construite depuis 1945. Non pas par faiblesse, mais par une incompréhension fondamentale de ce qui fait la force d'une hégémonie moderne.
Le discours récent du Premier ministre canadien à Davos, texte remarquable par sa franchise brutale, devrait sonner comme un signal d'alarme à Washington. Pour la première fois, un allié traditionnel des États-Unis expose publiquement la mécanique de l'influence américaine et annonce froidement qu'il "retire l'affiche de la vitrine". Traduction : le Canada cesse de faire semblant que l'ordre international fondé sur des règles existe encore, et agit en conséquence.
Cette déclaration n'est pas un simple accès de mauvaise humeur diplomatique. C'est le symptôme d'une rupture stratégique majeure, directement provoquée par les méthodes trumpiennes. Et ce qui se passe au Canada se répète, avec des variations, à Canberra, à Séoul, à Berlin et ailleurs.
↪️ La fin du consentement
Pendant des décennies, la domination américaine a reposé sur un pacte tacite : Washington établissait les règles du jeu international, mais acceptait de faire semblant de les respecter elle-même. Cette fiction (que les Américains appelaient pudiquement "leadership") permettait aux alliés de coopérer sans perdre la face. On pouvait s'aligner sur les positions américaines tout en prétendant défendre des principes universels plutôt qu'obéir à un maître.
Ce système était d'une efficacité redoutable. Il transformait la subordination en participation volontaire. Les pays acceptaient l'hégémonie américaine parce qu'elle s'habillait de légitimité morale, offrait des bénéfices concrets (sécurité collective, stabilité financière, ouverture des marchés) et permettait à chacun de préserver sa dignité nationale.
Trump a pulvérisé ce mécanisme avec une brutalité stupéfiante. Menaces de tarifs douaniers contre les alliés les plus fidèles. Remise en question publique de l'OTAN. Chantage commercial déguisé en négociation. Intimidation ouverte du Groenland et du Canada. En quelques années, il a accompli ce que les adversaires des États-Unis n'avaient jamais réussi : il a détruit la légitimité de l'hégémonie américaine aux yeux de ses propres alliés.
↪️ Le paradoxe de la démonstration de force
L'erreur de Trump est de confondre puissance et capacité de nuisance. Oui, les États-Unis peuvent imposer des tarifs douaniers punitifs. Oui, ils peuvent menacer leurs partenaires commerciaux. Oui, leur marché est suffisamment important pour faire mal. Mais cette capacité de coercition n'est pas synonyme de pouvoir durable.
Au contraire, chaque démonstration de force brutale produit exactement l'effet inverse de celui recherché. Elle rappelle aux alliés qu'ils sont vulnérables, qu'ils dépendent trop d'un partenaire imprévisible, et qu'ils doivent urgemment construire leur autonomie stratégique. C'est précisément ce qu'ils font.
Le Canada négocie désormais simultanément avec l'Union européenne, la Chine, le Qatar, l'ANASE, le Mercosur et l'Inde. L'Europe accélère sa "souveraineté stratégique" dans les domaines de la défense, de l'énergie et du numérique. Le Japon et la Corée du Sud multiplient les partenariats en Asie qui ne passent plus par Washington. L'Australie renforce ses liens avec ses voisins régionaux.
Ces pays ne tournent pas le dos aux États-Unis par idéologie ou par ressentiment. Ils appliquent simplement la logique élémentaire de la gestion des risques : diversifier pour ne plus dépendre d'un seul partenaire devenu erratique. C'est rationnel, prévisible, et exactement ce que Trump les force à faire.
↪️ La création d'un monde post-américain
L'ironie ultime est que Trump accélère l'émergence du monde multipolaire qu'il prétend combattre. En traitant les alliés comme des vassaux récalcitrants qu'il faut "remettre à leur place", il les pousse à faire exactement ce qu'il redoute : s'organiser sans les États-Unis, voire contre eux.
Le projet canadien de créer un "pont entre le Partenariat transpacifique et l'Union européenne" (un bloc commercial de 1,5 milliard de personnes qui exclut délibérément les États-Unis) n'aurait jamais été politiquement envisageable il y a deux ans. Trump l'a rendu non seulement possible, mais nécessaire.
De même, les "clubs d'acheteurs" que les démocraties organisent pour sécuriser leur approvisionnement en minéraux critiques sont une réponse directe à l'utilisation par Washington de sa position dominante comme arme de chantage. Chaque fois que Trump menace un allié, il ajoute une pierre à l'édifice d'un ordre international alternatif.
↪️ Le retour du hard power... et ses limites
Trump semble croire que la domination américaine repose essentiellement sur la taille de l'économie et la puissance militaire des États-Unis. C'est une lecture du XIXe siècle appliquée au XXIe. La force brute compte, certes, mais elle ne suffit plus à maintenir une hégémonie dans un monde interconnecté.
L'ancienne approche américaine était infiniment plus sophistiquée : elle combinait hard power et soft power, coercition et attraction, intérêt national et biens publics internationaux. Les États-Unis dominaient non seulement parce qu'ils étaient les plus forts, mais parce que leur domination semblait bénéfique (ou du moins acceptable) pour un grand nombre d'acteurs.
En abandonnant le soft power pour ne conserver que le hard power, Trump rend l'hégémonie américaine beaucoup plus coûteuse à maintenir et beaucoup plus fragile. Un empire qui ne règne que par la peur doit surveiller constamment ses sujets, réprimer chaque velléité d'indépendance, multiplier les démonstrations de force. C'est épuisant, inefficace, et historiquement voué à l'échec.
↪️ Seul face à la Chine
Les États-Unis sont face à un danger stratégique ultime : en fragmentant le camp occidental, Trump facilite objectivement le travail de Pékin.
La force des États-Unis face à la Chine n'a jamais résidé dans un face-à-face bilatéral, où la démographie, la capacité industrielle et la détermination stratégique de Pékin compensent largement les avantages américains. Elle résidait dans leur capacité à mobiliser un réseau d'alliés représentant collectivement plus de la moitié du PIB mondial et l'essentiel de l'innovation technologique.
Or ce réseau est précisément ce que Trump est en train de défaire. Chaque allié qu'il humilie publiquement, chaque partenaire qu'il menace de sanctions, chaque traité qu'il déchire ajoute une fissure dans le front commun face à Pékin. Et la Chine, elle, observe et en tire les leçons. Elle n'a même pas besoin de diviser activement le camp occidental. Trump fait le travail pour la Chine.
↪️ L'aveuglement volontaire
Le plus troublant dans cette dérive n'est pas l'incompétence, on peut corriger l'incompétence, mais l'aveuglement idéologique. Trump et ses conseillers de l'ombre semblent persuadés que la brutalité est un signe de force, que l'intimidation produit du respect, que les alliés ont "besoin" des États-Unis et n'ont donc pas d'autre choix que de se soumettre.
C'est une lecture catastrophiquement erronée du monde contemporain. Les alliés ont des options. Ils peuvent construire leur autonomie. Ils peuvent s'organiser collectivement. Ils peuvent même, dans certains cas, jouer les États-Unis contre la Chine plutôt que l'inverse. Et plus Washington les traite comme des pions interchangeables, plus ils sont incités à explorer ces options.
Le discours du premier ministre canadien à Davos était remarquable car il exposait cette réalité avec une franchise inhabituelle en diplomatie. "Vivre dans la vérité", disait Marc Carney en citant Václav Havel. Cesser de faire semblant que le système fonctionne encore. Appeler les choses par leur nom. Et agir en conséquence.
C'est un avertissement que Washington ferait bien d'entendre. Mais pour l'entendre, il faudrait d'abord accepter que la plus grande menace pour l'hégémonie américaine ne vient ni de Pékin, ni de Moscou, ni de Bruxelles. Elle vient de la Maison-Blanche elle-même.
L'Histoire jugera sévèrement cette période où les États-Unis, au sommet de leur puissance, ont choisi de détruire méthodiquement les fondements de leur propre domination. Non pas vaincus par un adversaire plus fort, mais sabotés de l'intérieur par ceux qui prétendaient les défendre.
Trump voulait rendre sa grandeur à l'Amérique. Il est en train de lui offrir la solitude.

Guillaume Lavoie

 Bonjour Guillaume! Je demeure impressionné par tes analyse à la télé et dans les différents médias. Je suis maintenant retraité de l’enseignement, et j’ai du temps pour suivre l’actualité politique, dont celle aux USA qui a autant de rebondissements qu’une série NetFlix! De suivre le fil des nouvelles si disparates, si multiples est un emploi à temps plein! Les informations sur le retour sur Davos et le  discours de Mark Carney, les élucubrations de Trump, les réactions sur TF1, celles d’Associate Press, les refus des Forces Armées le 14 dernier qui refusèrent de s’impliquer dans les villes américaines, le discours de Jack Smith aujourd’hui d’une durée de 4 heures, mais remplis de contenus forts et puissants, les armes américaines inefficaces en Iran ou les nouvelles à MicroOndes (utilisées contre Maduro) ou le Bazooka  Oreshnik , les plans ridicules de reconstruction de Gaza, sans parler du Vénézuella dont le pays dérape…. Bref, comment fais-tu pour avoir une vue d’ensemble de toutes ces informations, tout en triant la désinformation et des surutilisation de ‘IA qui déforment l’info!!! Je te félicite!! Continue ton bon travail!!!



Bonjour Jasmin, 


Merci de ces bons mots (bien trop généreux)


Difficile de tout suivre. Impossible en fait. 


Ce que je fais de plus en plus est de mettre du temps sur "moins" de choses, de meilleure qualité. 

En somme, je m'intéresse à ce qui prend plus de temps (de longs articles, ex, dans TheAtlantic), ou de long podcast (TheRestIsPolitics) ou encore des réseaux (tout est sur YouTube) qui traitent la nouvelle avec beaucoup plus de temps. Mes préférés sont France24 ou encore DW.

jeudi 22 janvier 2026

Best pictures in cinema story




















Videos inspirants

 On the topic of Olympics… London 2012 had the most AMAZING presentation of the Olympic Rings!! If you haven’t seen it, check out the incredible showmanship of the London2012 Opening Ceremonies 🇬🇧 @olympics #london2012



 


 

FANTASTIC! Probably the very best version!! 🎶💖💖💖Simon & Garfunkel - The Sound of Silence (From the Concert in Central Park, 1981) 

 



  

Bram Cohen

  IL A CASSÉ INTERNET AVEC UN PUZZLE MATHÉMATIQUE. San Francisco, 2001. Un jeune homme de 25 ans marche dans la rue. Il regarde le sol. Il ...