Donald Trump ou la politique de l’arrogance brutale
(Chronique d’un pouvoir sans intelligence stratégique)
Il existe des dirigeants qui comprennent la complexité du monde.
Et puis il y a ceux qui croient pouvoir le gouverner comme une entreprise.
Donald Trump appartient manifestement à cette seconde espèce.
Un homme qui semble persuadé que la géopolitique mondiale fonctionne comme une négociation immobilière à Manhattan : on menace, on crie plus fort que l’autre et l’on finit par obtenir ce que l’on veut.
Cette vision du monde serait presque comique si elle n’était pas dangereuse.
Car lorsqu’un tel personnage se retrouve à la tête de la première puissance militaire du monde, ses caprices cessent d’être des caprices.
Ils deviennent des crises internationales.
Depuis des années, Donald Trump traite les alliés des États-Unis avec une arrogance presque pathologique.
L’Europe serait ingrate.
Le Canada profiterait des États-Unis.
L’OTAN serait une organisation parasitaire.
Les partenaires historiques seraient des profiteurs vivant aux crochets de Washington.
Jamais un président américain n’aura insulté avec autant de constance ceux qui ont pourtant combattu aux côtés des États-Unis depuis 1945.
Trump ne comprend pas les alliances.
Il ne comprend que la domination.
Là où les diplomates voient des partenaires, lui voit des débiteurs.
Dans son esprit, la politique internationale est une jungle primitive.
Les puissants commandent.
Et ceux qui résistent doivent être intimidés.
Cette vision brutale du monde pourrait passer pour du réalisme si elle n’était pas accompagnée d’une incompétence stratégique presque stupéfiante.
Car l’histoire récente des interventions américaines devrait inciter à un minimum de prudence.
Le Vietnam fut la première grande humiliation.
Une superpuissance incapable de vaincre une guérilla dans la jungle.
Et l’image devenue symbole : les hélicoptères évacuant l’ambassade américaine à Saigon dans la panique.
Une guerre déclenchée sur la base d’un mensonge historique : les armes de destruction massive.
Un Moyen-Orient plongé dans le chaos.
Et la naissance d’un monstre appelé Daech.
Une guerre censée apporter la démocratie accoucha finalement du terrorisme le plus brutal du XXIᵉ siècle.
Des milliards engloutis. Des morts et encore des morts.
Et une retraite si chaotique qu’elle rappela immédiatement la débâcle de Saigon.
Les Talibans reprirent le pouvoir presque sans combattre.
Deux décennies de guerre pour revenir au point de départ.
Face à un tel bilan, un dirigeant lucide aurait appris une leçon simple :
la puissance militaire ne résout pas tout.
Mais Donald Trump n’est pas un dirigeant lucide.
Il est un dirigeant persuadé d’être un génie.
Et les génies autoproclamés sont souvent les plus dangereux.
Car ils n’écoutent personne.
Les experts militaires avaient pourtant prévenu.
Les stratèges du Pentagone.
Les analystes du renseignement.
Tous avaient expliqué que frapper l’Iran risquait de déclencher une riposte dans le détroit d’Ormuz.
Or ce détroit constitue l’une des artères vitales de l’économie mondiale.
Près de 20 % du pétrole mondial y transite.
Bloquez Ormuz, et l’économie mondiale tousse.
Mais Trump ne gouverne pas avec des analyses.
Il gouverne avec des impulsions.
Et, dans les affaires du monde, les impulsions sont souvent les pires conseillères.
La géopolitique exige de la patience, de la prudence et une compréhension fine des équilibres internationaux.
Trump n’offre ni patience, ni prudence, ni compréhension.
Et les instincts, dans les mains d’un chef d’État, peuvent devenir des catastrophes.
Aujourd’hui, la conséquence est évidente.
Le détroit d’Ormuz est devenu une zone explosive.
Le commerce maritime est menacé.
Les marchés énergétiques tremblent.
Mais la partie la plus grotesque de cette affaire reste encore à venir.
Car l’homme qui passait son temps à mépriser ses alliés découvre soudain une vérité qu’il semblait avoir oubliée :
même les empires ont besoin d’amis.
Trump appelle désormais à l’aide.
La France.
Le Royaume-Uni.
Le Japon.
La Corée du Sud.
Même la Chine.
Tous sont invités à envoyer leurs marines escorter les pétroliers afin de sécuriser la route maritime la plus dangereuse du monde.
Mais Trump ne demande pas.
Dans une interview au Financial Times, il a averti que l’OTAN pourrait connaître un avenir « très mauvais » si ses membres refusaient d’aider les États-Unis.
Aidez-nous à réparer notre propre imprudence…
ou nous vous punirons.
Voilà la diplomatie selon Donald Trump :
le chantage comme méthode,
la brutalité comme argument,
et l’arrogance comme signature.
Et comme si cela ne suffisait pas, Trump a également menacé la Chine de représailles diplomatiques si Pékin ne faisait pas pression sur l’Iran.
La planète entière transformée en salle de négociation.
Mais le moment le plus révélateur du personnage reste peut-être l’épisode du Groenland.
Donald Trump avait sérieusement envisagé d’acheter cette immense île arctique appartenant au Danemark.
Lorsque Copenhague refusa, il réagit comme un promoteur vexé.
Il annula une visite officielle.
Il insulta les dirigeants danois.
Et certains de ses conseillers évoquèrent même l’idée que les États-Unis pourraient prendre le contrôle stratégique de l’île.
Comme s’il s’agissait d’un terrain à bâtir dans un projet immobilier.
Un dirigeant qui confond la planète avec une carte immobilière.
Un président qui croit que la puissance militaire peut remplacer l’intelligence stratégique.
Un homme persuadé que l’arrogance est une preuve de leadership.
Mais l’Histoire possède une mémoire plus longue que les slogans politiques.
Et lorsque les historiens du futur regarderont cette époque, ils se poseront peut-être une question simple :
Comment la première puissance militaire du monde a-t-elle pu confier son destin à un homme dont l’arrogance dépassait largement la compétence ?
Car les grandes catastrophes internationales commencent rarement par une guerre.
Elles commencent souvent par une illusion.
L’illusion qu’un homme seul peut comprendre le monde mieux que tous les autres.
L’illusion que la brutalité peut remplacer l’intelligence.
L’illusion que la force peut remplacer la sagesse.
Donald Trump incarne précisément cette illusion.
Et lorsqu’une illusion gouverne une superpuissance, ce ne sont pas seulement les États-Unis qui sont en danger.
C’est l’équilibre du monde.
Il arrive donc un moment où les nations doivent choisir.
Suivre l’arrogance…
ou défendre la raison.
Et face à un dirigeant qui confond la puissance avec la sagesse, la réponse devrait être simple.
Une réponse que Donald Trump, manifestement, n’a jamais appris à entendre.